Vol à 4 mains
Elle est pas belle la vie ? Ou le récit d'un vol d'anthologie !
Pierre : Dimanche 18 août 2002, me voilà au déco sud du Bouquet vers 14 h avec la fine fleur des pilotes de cross venus pour la plupart avec l'intention de faire " péter les compteurs " !
Malheureusement, les conditions ne semblent pas terribles, les cycles ne sont pas encore installés, la brise est très faible. Comme dab', les bi décollent pour assurer le service de la ligne "Mont Bouquet - Atterro". Rien de rare. Ils vont au tas assez rapidement et c'est assez frustrant. Laurent a du mal à accrocher. Olivier (moniteur) s'en sort mieux et prend 100 m au-dessus de la Chèvre avant d'aller se poser. Quid de la journée ?
Je pense que c'est à ce moment là que Patrick (Polankai) décide de faire le fusible et décolle avec sa Soul verte. Il zone un peu, mais accroche et commence à dériver vers le nord-est.
C'est le branle bas de combat sur le déco et les sacs s'ouvrent avec la fébrilité que nous avions en ouvrant les pochettes surprises de notre enfance.
Tous les pilotes qui décollent accrochent à la force du poignet et dérivent vers le nord : Alain, Jean-Marc, Bernard, Philippe, etc… Mais, vues du sol, les conditions devant le déco ont l'air assez rudes, la brise commence à rentrer, les thermiques deviennent plus fréquents, mais le plafond n'a pas l'air bien élevé.
Olivier : Hier samedi, la balise du Mont Bouquet annonçait des pointe à 55 km/h en Nord-est, j'avais fait demi-tour sur la route. J'apprends que les patients ont vu le vent tomber complètement en quelques minutes, certains ont fait le plaf à 2350m !
Aujourd'hui, c'est Sud. C'est le début de la fin de l'anticyclone. Je sais par expérience que ça peut être bon mais que ça va forcir, il ne faut pas traîner car il est déjà 14H15 lorsque la navette se met en route.
Lorsqu'on déplie, deux groupes de pilotes sont déjà partis. Je lance à Pierre qui était venu voler à 18 H l'autre soir : " alors, c'est un cross aujourd'hui ? "
Pierre : Bon, je n'y crois qu'a moitié mais je me prépare et je décolle à 15h07 juste devant Olivier. En l'air, j'ai du mal à assurer, les thermiques sont teigneux et la brise qui forcit les couche. Difficile d'enrouler dans ces conditions tant que l'on n'est pas largement au-dessus du relief. Je zone en faisant le yo-yo un bon quart d'heure.
Olivier qui a décollé avec sa Fusion juste derrière moi a déjà accroché et commence à enrouler en dérivant vers les antennes.
Ah, ça y est, mon vario chante à +2 et les commandes durcissent. Celui là je le sens bien et je commence à grimper. Attention de ne pas le lâcher. Le vario se met à hurler : +7. Enrouler dans des thermiques aussi couchés, c'est pas évident. La balise donne du 35/40 km/h sud.
À 200 m et un peu en arrière du déco, je me retrouve sous le vent du thermique et ce qui devait arriver arrive : une belle frontale. Dans ces conditions aérologiques, je m'y attendais un peu. Mais la Sport est une voile sympa et avant que j'intervienne, ça claque et ça réouvre. J'ai eu juste le temps de voir la fermeture (Jean-Marc va encore dire que c'est une voile qui ferme facilement !).
Allez, virage à droite pour revenir dans l'ascendance et c'est reparti. Je me retrouve aux antennes vers 1300m où Olivier enroule devant moi, un peu plus haut, et nous dérivons toujours vers le nord-nord-est.
Olivier : les rafales annoncées à 35km/h signifient du thermique fort, il est là puissant et haché au départ. Du déco sud, 520m, je suis à 1000m en 10 minutes puis 1300m sur les antennes. Je perds le thermique et plutôt que de me jeter tout de suite vent de dos, je patiente vent de face car Pierre s'élève dans un autre noyau.
Pierre : Après le col du Bourricot, au bout du massif, Olivier décale un peu vers l'est pour enrouler dans la plaine, mais apparemment, c'est pas terrible. J'ai eu le pot de ne pas perdre le thermique. Je dois être vers 1600 ou 1700 quand il revient vers moi et nous enroulons ensemble. Nous faisons un plafond vers 1800/1900 et après avoir fait deux ou trois cercles pour s'assurer que l'on est vraiment en haut, il me dit à la radio " allez, je tente la transition " et il part plein nord.
A ce moment, nous sommes entre le village de Bouquet et Vendras, et plein nord, ça veut dire le grand massif entre le château d'Allègre et Fons. Ca s'appelle le Devès d'Atuech. En général, on ne passe pas par-là. Mais bon, pour une fois que j'ai la chance de me retrouver au plafond avec un bon pilote de cross, mes doutes s'envolent et je le suis.
Olivier : à 1800 m ça semble ne plus monter. J'annonce que je file en transition vers de fines barbules qui forment à l'aplomb d'une vaste garrigue entre les trajectoires habituelles. Je perds trois minutes et 150 m à trouver le thermique. Je rappelle Pierre qui est passé tout droit, ça serait dommage qu'il rate l'ascendance, c'est le trésorier de "Alès en l'air" !
Pierre : Nous arrivons au-dessus d'Atuech, moi à environ 1500 et Olivier 150 ou 200 m plus bas devant moi. Les quelques années d'écart entre nos voiles laissent apparaître des différences de performances visibles, mais la suite montrera que c'est le pilote qui fait la performance !
Et c'est là que la leçon de cross commence. Je vois Olivier qui semble presque faire demi-tour pour aller chercher quoi ? On se le demande.
Et il trouve. Un coup de radio pour me dire " Pierre, j'ai trouvé " et je fais moi aussi demi-tour. Je le vois enrouler à plusieurs centaines de mètres devant moi. Sauf que je me retrouve avec du vent de face et le GPS donne 20 km/h vitesse sol et ça plombe à -2. Là, sincèrement, je me sens mal parti et je perds un peu confiance dans l'avenir de ce cross. 1400, 1300 et toujours du -2. Je commence à envisager l'échappatoire en tirant vers l'est quand d'un coup, la masse d'air se transforme en tôle ondulée. Ah là, il y a effectivement quelque chose. Le vario cesse de beugler et recommence gentiment à chanter et c'est reparti dans du +2/+3. Ouf !
Plafond à 1900m me semble-t-il tout en dérivant toujours plein nord entre Tharaux et Méjannes. La leçon continue : je vois Olivier assurer son plafond comme je ne l'aurais jamais fait. Lorsqu'il quitte l'ascendance, il est sûr qu'il n'y a plus rien à en tirer, quitte à faire un tour ou deux pour rien !
Olivier : ça monte haut mais malgré les efforts de concentration (j'ai coupé la radio, car sur la fréquence fédé à cette altitude on capte la moitié des balises de la France, les conseils des moniteurs, les différents menus qui se préparent pour ce soir, et Josiane qui cherche toujours Jean-Philippe !) on n'atteint pas le plafond que les nuages au nord indiquent plus haut.
Pierre : Là-bas dessous, je vois la côte d'Aubarine et, plus loin, la montée de Tharaux qui ressemble à un long serpent noir posé dans la verdure. Tout est écrasé et semble bien plat. Pourtant, la dernière fois que j'y suis passé en vélo, j'étais sur le 39/23 !
Transition vers Barjac que nous survolons à l'est direction Vallon. Vue magnifique sur la Bastide de Virac, petit village surmonté d'un château, niché en bordure des bois d'Orgnac.
Du coté de Vagnas, un joli cumulus nous attend depuis un moment. Nous l'attrapons vers 1400/1500 et nous dérivons avec lui. Ce cumulus n'est pas seulement joli, il est aussi sympa : plafond à 2325 à mon vario ! Voilà mon record d'altitude battu ! Olivier assure un peu plus haut, il doit être à 2400. Je le quitte le premier car un autre est en train de former au nord, toujours vers Vallon. Des fils de coton qui se transforment en pelote avant de prendre la forme d'un vrai nuage blanc laiteux.
Olivier : Un autre thermique nous élève sous un cumulus sympathicus, tel qu'on les trouve dans les livres, ça arrive parfois ! J'insiste pour aller chatouiller les barbules mais l'ascendance nous a emmenés du coté sous le vent du nuage et ça ne monte plus. 2387m, c'est à peu près le plafond, tous les nuages au loin ont leurs bases alignées horizontalement. Je rêve d'y aller. Il est 16 h pile, on a fait environ 25 bornes en 50 minutes, ça va vite pour un vol de plaine, hummm, c'est bon !
Pierre a quitté la zone avant moi et ça me fait franchement plaisir de voler de concert avec un pilote moins expérimenté qui joue le jeu et qui ne fait pas que suivre !

Pierre : Là, la transition est un peu fraîche à plus de 2000 ! 15 °C au thermomètre à cette altitude avec de l'air humide, presque 33°C au décollage une heure avant ! D'autant plus que j'ai oublié mes grolles de montagne à la maison et j'ai décollé en chaussures d'été !
Derrière nous, le Bouquet a disparu dans la brume. Le sud qui rentre plein pot maintenant à 45/47 d'après la balise, amène une énorme masse d'air humide qui rend difficile la visibilité vers le sud. Mais je m'en fous, je vole vers le nord, le vent météo est avec nous et je vais peut-être battre mon propre record en me posant à Vallon !
Le mieux que j'avais fait jusque là était Orgnac, et encore, 2 bornes avant (22,5 kms. Si si, les virgules 5 sont importants) Olivier est derrière moi et on attrape le cumulus suivant en formation juste avant Vallon vers 1700/1800 et on se laisse dériver avec lui tout en enroulant. Plafond vers 2000 me semble-t-il et on traverse Vallon. Olivier toujours au-dessus, légèrement derrière moi. Plus patient, plus haut !
Les gorges de l'Ardèche, le Pont d'Arc, les canoés multicolores, c'est un rêve éveillé ! Il me dira plus tard qu'il a fait un tas de photos de moi au-dessus de ce site grandiose. Je les attends avec impatience. Là, je me dis que je vais exploser mon record en me posant peut être à Ruoms ou alors, rêve fou, à Aubenas !
Donc, je pensais voir Olivier tirer vers le nord-ouest, vers ce qui me semblait être la voie royale. Et non, le voilà qui se dirige toujours au nord, même vers l'est de Lagorce.
Bon, hein ! lui il sait. Et je le suis, mais pas tranquille car de ce coté, c'est les gorges de l'Ibie où il n'y a guère de vaches, où il passe un chameau tous les trois jours ! Si on pose là, on va louper l'apéro de Laurent !

Olivier : Chouette, on passe les gorges de l'Ardèche une fois de plus, et c'est toujours aussi beau ; je ne peux m'empêcher de m'offrir une séance de photos d'autant que Pierre un peu en avant est en premier plan.
Au nord-ouest vers Vallon c'est une zone plus difficile, la plaine m'a souvent attiré jusqu'en bas. Les rares fois ou je suis passé c'est avec du gaz, au-dessus des grandes forêts du massif peu incliné de la dent de Rey (700m). Si on se refait là, l'étape suivante serait une rue de nuages au nord-est. Le vent pousse fort et rester dans du zéro est déjà gagnant, je reste concentré.
Pierre : ça fait un moment que je n'ai rien trouvé et je zone à 1400 dans du -2 alors que Olivier enroule un peu plus loin. C'est le métier.
Ca descend toujours et bien que j'avance grâce à la dérive, je commence de nouveau à m'inquiéter. 1300, 1200 puis 1100 sans rien trouver sur Lagorce ! Adieu veau, vache, cochon… , le rêve Aubenas est en train de s'étioler au-dessus de la campagne ardéchoise. Je saurais plus tard que Jean-Marc s'est posé là un peu plus tôt dans l'après-midi.
A 1050, tôle ondulée et s'est reparti dans du +2. Re-ouf ! J'enroule en décalant au-dessus des Bois d'Ajude, direction St Maurice d'Ibie. 1700, 1800 et ça monte toujours. Olivier avait raison de tirer vers le nord. Il est loin de moi vers St Maurice et il se dirige vers une masse nuageuse plutôt grise. Je devine sa voile mauve pâle dans l'horizon.
Ca monte toujours en dérivant et je fais le plafond à 2100 ! P…..n, je reviens de loin !
Un coup de radio : " Olivier, c'est Pierre. J'ai refait le plafond et je crois que je vais tirer vers Aubenas " Toujours cette obsession d'aller à Aubenas. Pourquoi ? Mystère !
La réponse ne se fait pas attendre : " non, Pierre, viens vers moi sous les nuages, d'ailleurs ça commence à monter. Il n'y aura qu'a suivre la rue ! " J'entends son vario qui bipe à la radio.
Et là, gros doute. C'est au moins à 5 bornes ! Je n'y arriverai jamais. En plus c'est en plein sur la montagne de Berg ! Là, il n'y a même pas de chameau, les corbeaux volent à l'envers !
Je regarde avec regret vers Aubenas et je file plein pot vers Olivier. Quand je dis plein pot, c'est plein pot avec des pointes à 70 kms/h au GPS (71 maxi) et pour finir, j'arrive sous cette rue de nuage à environ 1400 et ça regrimpe gentiment à +0.5/+1. C'est même un peu décevant, mais j'enroule tranquillement en faisant de grands virages au-dessus de St Andéol de Berg.
Olivier a nettement mieux travaillé et se trouve encore 200 m au-dessus de moi et nous dérivons vers le nord, vers Villeneuve de Berg que nous passons toujours en enroulant très large.
Olivier : J'arrive sous l'extrémité sud de la rue de nuage et ça se remet à monter. C'est de nouveau du +2 régulier. J'ai perdu Pierre de vue bien que j'essaie de retrouver le petit point bleu à chaque tour. Il tournait assez bas dans du bleu, j'espère qu'il ne va pas au tas.
e rebranche la radio. Ouais, super il est à 2000, plus haut que moi et m'annonce qu'il prend la direction d'Aubenas ! Cri du cœur : " non ! y a que du bleu, ici ça monte bien, on a déjà 53 km au compteur et le vol peut continuer ! " (53 km j'en suis sûr, je suis à l'aplomb d'un village où j'avais posé il y a 6 ans).
Pierre : à partir de là, c'est à dire de la vallée de l'Escoutay, commence un grand plateau incliné qui monte vers le nord : c'est la chaîne du Coiron et derrière, au fond d'une vallée, une ville que je distingue mal mais qui pourrait bien être Privas.
Les nuages sous lesquels nous sommes ne donnent quasiment plus rien et ça commence à descendre. Je me trouve au dessus de Mirabel à 1200/1300, mais je continue à enrouler large car ça descend pas trop vite. A 1200, je commence à lorgner en direction de St Laurent sous Coiron, joli village qui présente l'avantage de n'être pas trop loin de la nationale, parce que du coté du plateau, c'est franchement la zone !
C'est à ce moment que ma radio me parle :
- " Eh ! les 2 pilotes qui enroulent du coté d'Aubenas, vous venez du Bouquet ? "
- " Heu, oui ! Pourquoi ? "
- " Les mecs, vous êtes en train de faire un super vol ! Accrochez-vous ! Je suis juste au dessous de vous ".
C'est vrai que l'on est en train de faire un super vol. Tant que l'on est dans le feu de l'action, ça ne vient pas à l'idée. J'ai beau regarder au sol, je ne vois pas mon interlocuteur. Je n'aperçois qu'un truc qui ressemble vaguement à un tracteur rouge du coté de Freyssenet.
Je saurais plus tard que notre supporter anonyme n'était autre que Bernard Puchol qui s'était posé à Freyssenet peu de temps avant. Le tracteur rouge était sa Soul étendu au sol et qu'il était en train de plier ! Lui aussi venait de faire un super vol de 66 km.
Olivier : 2000m, sous les nuages, sans pouvoir atteindre le plaf, Pierre est revenu sous moi, allons-y. Bras haut en suivant l'alignement de coton, prêt à se déporter si ça monte trop fort. Non ça ne monte pas trop fort, j'ai même l'impression que c'est un très large thermique qui nous à hissé là mais après plus rien !
Il y a des masses plus sombres au-dessus, je vérifie la couleur sans les lunettes de soleil, c'est pas noir du tout et zut on descend ; pas vite c'est sûr et le vent pousse fort mais on transite sous toute la rue de nuages sans rien retrouver ! Au bout je suis à 1500m, Pierre un peu plus bas, il faut faire quelque chose parce que le relief, lui, il monte vers nous ! Il y a une rupture de terrain dans notre nord-est, allons y voir.

Pierre : si ça ne monte quasiment plus à mon niveau, ça ne descend pas non plus et je zone à 1200 tout en dérivant vers le bord nord du plateau. Olivier est toujours largement plus haut à 1500/1600. Son potentiel est meilleur que le mien. C'est la rançon du bon travail !
Si j'ai la chance de ne pas me faire dégueuler sur le plateau, je peux espérer basculer vers la vallée et Privas.
Je vois le relais du col de l'Escrinet à portée d'aile, mais je ne vais pas tenter le diable. J'imagine que le vent météo et la brise de vallée risquent de me scotcher sur le col. C'est justement l'endroit où les chasseurs attendent les zozios de passage comme moi !
Je continue à enrouler large pour assurer mes 1200 et j'arrive doucement en bordure du plateau. Là, par contre, c'est bras haut pour passer le plus rapidement possible et m'éloigner des rouleaux. En fait, ça passe largement et j'arrive dans la vallée.
Olivier : c'est plus turbulent, on arrive à reprendre quelques mètres sans plus mais le vent nous aide beaucoup et on remonte le vaste plateau.
Occupé à rebrancher la radio ou à photographier, la Fusion ferme brutalement sans personne aux commandes. Voici l'aile devant mon horizon, ça tourne à gauche, plusieurs caissons fermés et passés derrière des suspentes ! !. Je reprends le frein, essaie d'abord de rouvrir en virage plutôt que de rétablir la trajectoire sans panique car j'ai du gaz. Non c'est pas bon, je remets l'aile à plat, puis je pompe doucement une fois, deux fois et revoilà les caissons en place.
Bon où est le thermique ? Où est Pierre ? Toujours en vol, voilà qu'il saute la crête et descend vers Privas.
Pierre : Je me dirige vers Privas que je survole en cherchant une vache sympa pas trop loin de la nationale (autre obsession, les nationales !).
Justement, il y a un grand champ carré bien vert à coté de la nouvelle caserne des pompiers que je reconnais aux véhicules rouges garés en arc de cercle sur le parking. Mais mon virage au-dessus de la ville était un peu trop large et la brise de vallée me contre. Je ne rentre pas. Vite une autre vache ! Au bord du ruisseau " l'Ouvéze " qui borde Privas, un petit pré sympa me tend les bras et je m'y jette à pied joint.
Me voilà posé à 17h30 après 2 heures 20 de vol et 72 Kms parcourus. J'ai du mal à prendre conscience que c'est moi qui ai fait ce vol. J'ai un peu l'impression d'être un spectateur. Un coup d'œil sur la mémoire du vario pour voir que j'ai pris du +5,9 en intégré. Pas étonnant que ça secouait sur le déco !
Olivier est toujours en l'air et m'appelle à la radio : " je suis à 1500, je ne perds pas et je me dirige vers la vallée du Rhône ". Je le vois passer en direction de l'est vers le Pouzin.
Olivier : J'ai repris jusqu'à 1600m, je passe le col et traverse dans l'Ouest de la ville ou il y a des micros barbules qui ne donnent rien. Je vois Pierre se poser, il m'appelle, j'annonce que j'essaie de continuer. Au nord de Privas une crête, elle aussi inconnue, qui file nord-est en descendant vers la vallée du Rhône. La grande ville que j'aperçois là bas, c'est Valence !
Au nord, s'offrent des vallées plus encaissées et couvertes de forêts. Au nord-est c'est plus montagneux et plus haut. J'opte pour cette crête qui me rapproche d'une récup plus simple.
Le vent y est fort et permet de dériver avec l'ascendance dynamique. Je marche en crabe et essaie, ventrale détendue de tourner des petits varios. Ça dérive trop fort, et en face nord il n'y a que de la forêt. J'approche d'un gros bourg sur la crête. Une route descend vers Privas et j'envisage d'y poser. Mais c'est plein de lignes et quand je me mets face au vent je suis scotché. Il me faut décider vite, le vent ici est laminaire et je descends. Au nord les grandes forêts de la vallée de l'Eyrieux me proposent deux champs. Je file sous le vent, vigilant, et m'y pose, radieux.
J'imagine avoir battu mon propre record, ce que confirmera la règle sur la carte : 87 km. En 2H50 c'est du 29 km/h de moyenne !
Un homme est là à charger sa voiture. " Pouvez-vous me dire où l'on est, mes cartes ne vont pas jusqu'ici ?" - "à côté de Saint Fortunat ". Il m'embarque et me dépose au Pouzin , à l'arrêt de bus !
Pierre : bon, c'est pas tout, mais comment je rentre ? Appel à la base en composant le numéro de Jean-Marc qui me dit que la récup est à Aubenas. Il n'y a plus qu'à plier et à me diriger vers le centre de Privas.
A ce moment, un véhicule de pompier arrive et en descend un type en uniforme qui s'inquiète de ma bonne santé. Un riverain a vu un truc tomber du ciel avec quelqu'un dessous et a appelé les secours. Je rassure le sauveteur et lui demande comment on sort de ce pré qui est bordé de roncier. Il n'en sait rien, " car personne ne s'y rend jamais " !
Olivier regagnera Privas en bus depuis La Voulte. Bernard fera du stop pour descendre de Freyssenet. Nous retrouverons la navette au centre ville vers 19 heures, ce qui nous permettra d'être à l'heure pour l'apéro qui clôture la semaine de distance à " Parapente-Sud ", la boutique de Laurent et Nicole !
Alors, elle est pas belle la vie ?
Toute ma gratitude à Olivier sans qui je n'aurais pu faire ce vol d'anthologie (je n'ai pu m'empêcher de l'embrasser lors de nos retrouvailles à Privas)
Mes remerciements à Jacques, élève de Laurent, qui a assuré la navette tout l'après-midi avec Alain et qui, de ce fait, s'est privé de vol ce jour-là.
Merci également à Laurent d'avoir initié cette semaine de distance qui à généré tant de kilomètres parcourus (plus de 1000, je crois).
Pierre Lecroart & Olivier Berthelot